Travailler en intérim ne prive pas du congé maternité, mais l’enchaînement de missions et l’absence d’un contrat unique compliquent le calcul des droits. Conditions d’ouverture, indemnités journalières, fin de mission pendant la grossesse, protection contre la rupture : ce guide fait le point sur ce qui s’applique réellement aux intérimaires enceintes.
L’intérimaire a droit au congé maternité comme toute salariée
Une salariée en intérim est une salariée à part entière du point de vue de la Sécurité sociale. À ce titre, elle bénéficie du congé maternité et de ses indemnités journalières dès lors qu’elle remplit les conditions d’ouverture de droits. La particularité tient uniquement à la nature discontinue de son activité : les missions s’enchaînent, s’interrompent, et c’est cet historique qui sert de base au calcul.
La durée légale du congé maternité est la même que pour une salariée en CDI : 16 semaines pour un premier ou deuxième enfant, davantage à partir du troisième ou pour des jumeaux. Ce qui change, ce sont les conditions à réunir pour être indemnisée et le mode de calcul des indemnités.

Les conditions pour être indemnisée
Pour percevoir les indemnités journalières maternité, l’intérimaire doit justifier, à la date présumée de l’accouchement (ou au début du congé) :
- soit d’au moins 150 heures de travail salarié au cours des trois mois civils (ou 90 jours) précédant l’arrêt ;
- soit d’un montant de cotisations calculé sur un salaire au moins égal à 1 015 fois le SMIC horaire sur les six mois précédents ;
- et de dix mois d’immatriculation à la Sécurité sociale à la date présumée de l’accouchement.
Le caractère morcelé des missions d’intérim peut rendre ces seuils délicats à atteindre. C’est pourquoi il est vivement conseillé de conserver tous vos bulletins de salaire : ils permettent à la CPAM de reconstituer votre volume d’heures et d’éviter un refus d’indemnisation fondé sur un dossier incomplet.
Que se passe-t-il si une mission se termine pendant la grossesse ?
Une mission d’intérim a par nature une durée déterminée. Si elle se termine alors que vous êtes enceinte, l’agence n’est pas obligée de vous en proposer une nouvelle : la fin de mission n’est pas un licenciement. En revanche, dès lors que vos droits sont ouverts, la fin de mission ne fait pas disparaître votre droit au congé maternité et à ses indemnités.
Si vous vous retrouvez sans mission au moment du congé, le calcul se fait sur vos salaires antérieurs. Et si vous êtes inscrite comme demandeuse d’emploi indemnisée, le versement de vos allocations est suspendu pendant le congé maternité, remplacé par les IJ maternité — un point développé dans notre page sur le congé maternité sans emploi.
Une mission ne peut pas être rompue à cause de la grossesse
Interrompre une mission d’intérim en raison de l’état de grossesse est une discrimination interdite par la loi. L’entreprise utilisatrice comme l’agence de travail temporaire ne peuvent pas mettre fin à une mission au motif que la salariée est enceinte. Seuls des motifs étrangers à la grossesse (fin de terme prévu, faute grave sans lien) restent recevables.
Calcul des indemnités journalières pour une intérimaire
Les IJ maternité sont calculées sur la moyenne des salaires bruts des trois mois précédant l’arrêt, dans la limite du plafond mensuel de la Sécurité sociale. Pour une intérimaire, cette moyenne intègre l’ensemble des salaires perçus au titre des différentes missions, y compris les indemnités de fin de mission (primes de précarité) et de congés payés versées avec chaque contrat.
| Élément | Pris en compte ? |
|---|---|
| Salaire brut des missions | Oui |
| Indemnité de fin de mission (précarité) | Oui |
| Indemnité compensatrice de congés payés | Oui |
| Périodes sans mission | Non (peuvent baisser la moyenne) |
Parce que les périodes creuses tirent la moyenne vers le bas, deux intérimaires ayant travaillé le même nombre d’heures peuvent toucher des montants différents selon la répartition de leurs missions dans le temps.
Après le congé : reprise et nouvelles missions
À l’issue du congé maternité, l’intérimaire n’a pas de « poste » garanti puisque son contrat de mission est par nature temporaire. Toutefois, elle retrouve pleinement sa disponibilité auprès de son agence, qui peut de nouveau lui proposer des missions. Si vous étiez indemnisée par France Travail avant le congé, votre indemnisation reprend ensuite, ce qui peut aussi ouvrir droit à certains dispositifs abordés dans notre guide allocations maternité.
Pensez également à anticiper le retour à l’activité et, si besoin, l’organisation de la garde de votre enfant en consultant nos ressources dédiées.
Cas concret : des missions morcelées avant le congé
Julie a enchaîné, sur les six derniers mois, trois missions d’intérim entrecoupées de deux semaines sans activité. Lorsque son congé maternité approche, elle craint de ne pas avoir cotisé assez. En additionnant les heures de ses trois missions, elle dépasse pourtant largement le seuil des 150 heures sur trois mois. La CPAM reconstitue son historique à partir de ses bulletins de salaire : ses droits sont bien ouverts. Le montant de ses indemnités, en revanche, est calculé sur la moyenne de ses salaires des trois derniers mois, périodes creuses comprises, ce qui abaisse légèrement le résultat par rapport à une activité continue.
Ce cas illustre pourquoi il est capital, pour une intérimaire, de conserver précieusement chaque bulletin : c’est la seule façon de prouver le volume d’heures et d’éviter un refus fondé sur un dossier lacunaire.
Les erreurs à éviter
- Jeter ses bulletins de salaire : ils sont indispensables pour reconstituer les heures et déclencher l’indemnisation.
- Croire qu’une fin de mission fait perdre le congé maternité : une fois les droits ouverts, ils sont acquis.
- Accepter une rupture de mission motivée par la grossesse : c’est une discrimination interdite, à signaler.
- Ne pas déclarer sa grossesse à la CPAM dans les délais, ce qui peut retarder l’ouverture des droits.
- Oublier de signaler à France Travail le début du congé si l’on est aussi demandeuse d’emploi indemnisée.
Une intérimaire avertie anticipe : elle rassemble ses justificatifs, connaît les seuils à atteindre et sait que son état de grossesse ne peut jamais motiver la fin d’une mission.
Intérim, congé maternité et couverture sociale
Au-delà des indemnités journalières, une intérimaire enceinte conserve sa couverture sociale et ses droits connexes. La période de congé maternité est validée pour la retraite : elle ne crée pas de trou dans votre relevé de carrière. Par ailleurs, si vous bénéficiez d’une complémentaire santé via votre agence ou la branche du travail temporaire, vérifiez les conditions de maintien pendant le congé, car elles varient selon les accords.
La branche du travail temporaire prévoit aussi certains dispositifs spécifiques d’action sociale et de prévoyance dont vous pouvez relever selon votre ancienneté cumulée. Il est utile de contacter votre agence pour faire le point sur ces garanties avant votre départ, afin de ne passer à côté d’aucun droit lié à votre statut d’intérimaire.
À vérifier avant le congé
- Le total de vos heures sur les trois derniers mois, justificatifs à l’appui.
- Votre date d’immatriculation à la Sécurité sociale (dix mois requis).
- Le maintien éventuel de votre complémentaire santé pendant le congé.
- Les dispositifs de prévoyance de la branche selon votre ancienneté.
- Votre situation vis-à-vis de France Travail si vous êtes aussi indemnisée.
Intérim et maternité : rester informée de ses droits
Le statut d’intérimaire évolue au gré des accords de branche et des dispositifs de la Sécurité sociale. Pour ne pas passer à côté d’un droit, il est utile de faire régulièrement le point avec son agence de travail temporaire et sa caisse d’assurance maladie, notamment dès l’annonce d’une grossesse. Un échange en amont permet de vérifier les seuils d’heures, l’ancienneté requise et les éventuelles garanties de prévoyance dont vous relevez. Bien informée, l’intérimaire aborde son congé maternité avec sérénité, en sachant que son activité discontinue n’est pas un obstacle à une indemnisation à laquelle elle a pleinement droit.
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Questions fréquentes
Une intérimaire a-t-elle droit au congé maternité ?
Oui, comme toute salariée, dès lors qu’elle remplit les conditions d’heures travaillées et d’immatriculation à la Sécurité sociale.
Combien d’heures faut-il avoir travaillé ?
Au moins 150 heures sur les trois mois précédant l’arrêt, ou justifier de cotisations suffisantes, avec dix mois d’immatriculation à la date de l’accouchement.
Peut-on rompre ma mission parce que je suis enceinte ?
Non. Mettre fin à une mission en raison de la grossesse est une discrimination interdite. Seule la fin de terme normale du contrat reste possible.
Les primes de fin de mission comptent-elles pour mes indemnités ?
Oui, les indemnités de fin de mission et de congés payés sont intégrées dans le salaire de référence servant à calculer vos IJ maternité.
Que se passe-t-il si je n’ai pas de mission au moment du congé ?
Vos IJ sont calculées sur vos salaires antérieurs. Si vous étiez indemnisée par France Travail, vos allocations sont suspendues et remplacées par les IJ maternité.
Retrouve-t-on du travail après le congé maternité en intérim ?
Il n’y a pas de poste garanti, mais vous redevenez disponible auprès de votre agence, qui peut vous proposer de nouvelles missions.